Les bruits des dîners de cons.

Publié le par lisa

 

 

Les bruits des dîners de cons.

 

J’entends dans le lointain les tintements répétés des fourchettes, le mâchouillement des omnivores dégustant avec gourmandise les mets qui se succèdent, le chuintement des lèvres sur les verres, et même si j’écoute bien, les frôlements sur la nappe, et les bruits en cascade des chaises déplacées dans le brouhaha ambiant.

Une voix plus forte, un rire, une exclamation perturbent le son des ronronnements à peine audibles de ceux qui sont là par obligation et mangent pour passer le temps.

Je tends l’oreille, me concentre…mais…j’entends leurs pensées, c’est un fourmillement zigzagant sans harmonie, une sorte de cacophonie silencieuse et chaotique..
Et….si je me concentre plus…je m’aperçois que ce ne sont pas des pensées, mais des rituels cérébraux sur des circuits neuronaux fatigués….
je n’entends pas le rugissement joyeux de la pensée créative, celle qui pétille.je comprends maintenant le sens des ronronnements…ils sont là pour calmer l’insipide ennui des pensées mortes, des clichés redits, des perles usées,...l’intelligence est usée…

Les ventres sont repus et le saint Emilion n’est plus gouté, il est avalé sans respect,  ses effets renforcent les ronronnements.
Le garçon guette du coin de l’œil…le dessert…servir les desserts, la dernière corvée du jour…enfin presque…!
Des mots fusent sans convictions….suprême, subtil, délicieux, vraiment très fin, gouteux, parfumé, acidulé....j’en passe mais le cœur n’y est pas, ce sont des mots d’habitudes,  de convenances polies, de courtoises révérences, de prison dorées.

Le café réveillera les plus lucides, les plus conscients qui commencent à prendre peur, peur de grossir, de mourir, de finir con, café illusion de vivacité, de jeunesse, café stimulant pour  supporter les derniers instants, les dernières révérences, les au-revoir qui s’éternisent.


Pour les plus libres, quelques pas dans la fraicheur de la nuit ....sensation d’exister…un instant…pour affronter demain et la prochaine soirée dégoulinante de plats inachevés.

Suicides lents, sûrs et confortables, étouffement de vies en bonne conscience.

 

 


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Publié dans textes personnels

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